L’effet rebond : quand votre maison écolo se transforme en diva énergivore

Vous pensiez avoir fait l’affaire du siècle en achetant cette maison flambant neuve, labellisée « basse consommation », « passive » ou même « écolo chic » ?

Vous vous voyez déjà siroter votre tisane bio au coin du feu, le portefeuille léger et la conscience tranquille ?

Un rêve de sobriété énergétique, qui avouons-le, nous a tous fait un jour un peu fantasmer.

Et puis, un beau matin, le réveil a sonné. Brutalement, la facture d’énergie est arrivée… 

Bienvenue, cher propriétaire dans le monde merveilleux (ou cruel) de l’effet rebond, où votre comportement est le principal chef d’orchestre.

DPE : Le Grand Bluff Energétique ?

Le client, armé de ses rêves d’écologie et d’économies, se voit présenter un DPE (Diagnostic de Performance Energétique) digne d’un tableau d’honneur.

La maison est classée, parfois même A+. C’est la crème de la crème, le top du top de l’efficacité énergétique !

Le promoteur vous dépeint un futur où votre habitation est un havre de paix, autosuffisant, presque autonome. « Adieu les factures montantes ! » vous assure-t-il avec des graphiques à l’appui.

Vous signez, le cœur léger, prêt à embrasser votre nouvelle vie de consommateur parfait.

 

Un petit accroc dans ce tableau idyllique ?

Parfois la promesse est un peu trop belle pour être vraie !

Quelques mois plus tard, les premières factures arrivent, et là, c’est la douche froide. 

Malgré une maison à la pointe de la technologie, le client consomme quatre fois plus que ce qui lui avait été annoncé sur le papier. Quatre fois !

C’est comme si votre voiture, censée faire du 4 litres au 100, en consommait 16.

La déception est à la hauteur de l’investissement. On en vient à se demander si les experts du DPE n’auraient pas confondu les kilowattheures avec autre chose ou s’ils n’auraient pas oublié un paramètre essentiel : vous !

L’Effet Rebond : Quand l’économie énergétique vous pousse à la surconsommation

L’effet rebond, c’est quand l’efficacité énergétique d’un système est en partie ou totalement annulée par une augmentation de son utilisation.

Vous avez une maison super bien isolée ? Génial ! Vous pouvez vous permettre de monter un peu le chauffage, de laisser les fenêtres grandes ouvertes plus longtemps, ou encore de prendre des douches plus longues. Après tout, c’est tellement bien isolé, ça ne doit pas consommer grand-chose, non ? Eh bien si, et même beaucoup.

C’est un peu comme si vous achetiez une voiture qui consomme très peu, et que, confiant en sa sobriété, vous vous mettiez à faire des trajets plus longs et plus fréquents.

Au final, vous consommez autant, sinon plus qu’avant. Pour la maison, c’est la même chose.

Les occupants, rassurés par l’isolation et les équipements performants, adaptent leur comportement.

Ils poussent le thermostat, aèrent « pour le plaisir » même quand il fait froid ou utilisent plus d’appareils électriques.

Le confort augmente, c’est indéniable, mais la consommation aussi…

L’usager : le Véritable Maître du Jeu (énergétique)

Malgré une maison bien isolée et dite « économique », le client consomme quatre fois plus que ce qui avait été annoncé sur le papier. Nous constatons une nouvelle fois que le rapport usager-bâti reste tout de même plutôt chaotique.

Il devrait être en capacité de réguler lui-même sa demande de chauffage en fonction de l’occupation et de la saison.

Mais est-ce vraiment le cas ?

On le constate sur le terrain : les bâtiments récents présentent des performances dégradées par rapport aux prévisions annoncées par la réglementation du bâtiment.

Ces écarts viennent pour une bonne part de l’impact de l’installateur (« qui a peut-être réglé la pompe à chaleur sur « mode zinzin » plutôt que sur « mode marmotte »), ou, de son utilisateur, c’est là que les choses se corsent !

L’installateur, s’il a mal réglé les systèmes, peut créer des dysfonctionnements. Mais l’utilisateur, c’est vous, c’est moi, ce sont vos enfants qui passent des heures sous la douche brûlante après une longue journée d’école pour se détendre, c’est votre conjoint qui ouvre la fenêtre pour aérer alors que le chauffage est à fond.

 L’occupant a une place très importante puisque ses habitudes de vie sont déterminantes. 

Il devrait connaître son bâti mieux que tel ou tel professionnel. Non, on ne vous demande pas de devenir un expert en physique énergétique, mais de comprendre que votre maison n’est pas un système de survie autonome qui gère tout à votre place.

Il faut apprendre à l’analyser au fil des saisons et à combler ses besoins énergétiques uniquement lorsqu’ils sont vraiment nécessaires.

Le Confort : une variable indomptable et discutable

Les méthodes de calcul des consommations conventionnelles correspondent à des conditions normalisées qui ne correspondent en rien aux modes de vie des occupants.

Nous incriminons souvent le comportement humain. C’est un peu facile de dire « c’est la faute à l’utilisateur » quand le système ne fonctionne pas comme prévu.

La science développe des systèmes de plus en plus efficaces d’un point de vue énergétique.

Des pompes à chaleur intelligentes, des thermostats connectés. Tout semble formidable sur le papier. Mais nous oublions très souvent la façon dont ils seront utilisés. Un thermostat connecté est inutile si personne ne sait l’utiliser correctement.

Le respect des réglementations demeure la principale préoccupation pour certains installateurs, mais l’usage des occupants reste le curseur le plus déterminant sur le confort du bâtiment.

Mais qu’est-ce que le confort ? Pour certains, c’est une température constante de 22 degrés, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige et l’envie de se balader en t-shirt en plein hiver dans sa maison.

Pour d’autres, c’est la possibilité d’ouvrir les fenêtres à tout moment, même quand le chauffage tourne à plein régime. Ces attentes, parfois contradictoires avec les principes de l’efficacité énergétique, créent des situations burlesques.

L’occupant sursollicite son système de chauffage, annulant ainsi une partie des gains d’isolation.

C’est une sorte de course poursuite sans fin entre l’efficacité technique et les désirs humains.

Conclusion : un humain dans sa maison et non l’inverse (ou comment devenir robuste)

Malgré une maison trop exigeante et peu économique (à cause de son usage), le client consomme 4 fois plus. Il est grand temps d’intégrer pleinement l’humain dans l’équation.

Le DPE est un outil, mais ce n’est pas une vérité absolue gravée dans le marbre.

Il faut une adaptation mutuelle : le bâtiment doit être capable de s’adapter aux besoins de ses habitants (dans une certaine mesure, ne rêvez pas non plus), et les habitants doivent être sensibilisés aux bonnes pratiques d’utilisation.

Alors, la prochaine fois que vous regarderez votre DPE flambant neuf, ne vous laissez pas aveugler par de belles lettres.

Gardez un œil critique, et souvenez-vous de l’effet rebond.

Et si votre facture est un peu salée, ne blâmez pas seulement la maison. Regardez aussi votre thermostat, votre porte de frigo ouverte, ou cette fenêtre restée grande ouverte pour « aérer » en plein mois de janvier.

Après tout, c’est votre maison et comme un bon vin, elle a parfois besoin d’être apprivoisée pour révéler tout son potentiel.


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